Åstedet i Isdalen der en kvinne ble funnet død i 1970
Foto: Paul S. Amundsen / NRK

Le mystère de l’inconnue d’Isdal

Pas très loin du centre de Bergen, dans un amoncellement de pierres, git le corps calciné d’une femme. Toutes les traces permettant de l’identifier ont été supprimées. Le mystère est resté entier – jusqu’à aujourd’hui.

29. novembre 1970. C’est une fillette de 12 ans qui la trouve. Sa promenade du dimanche, en compagnie de son père et de sa petite sœur, l’a amenée haut sur la colline, à quelques kilomètres du centre de Bergen. De là, on domine la mélancolique vallée d’Isdal. À cette hauteur, en retrait du chemin, on rencontre rarement du monde.

Dans une clairière, un spectacle qu’aucun enfant ne devrait voir attend la fillette. Au milieu d’un amoncellement de pierres, une femme morte git sur le dos, calcinée.

Il faut donner l’alerte, mais à cette époque on n’a pas encore de téléphone portable. Le chemin du retour, qui contourne le lac de Svartedik, sera bien long pour le père et ses deux filles. Un meurtrier se cache-t-il sous les hauts sapins qui poussent presque jusque sur le bord de l’étroit sentier?

Une scène de crime sinistre

Tidligere politijurist Carl Halvor Aas var først på åstedet der Isdalskvinnen ble funnet drept
Foto: Kjetil Solhøi / NRK

– L’odeur nous prend à la gorge, raconte Carl Havor Aas, 31 ans, alors juriste à la police de Bergen.

Il est de garde quand le téléphone sonne: on a trouvé un cadavre. Parmi ceux qui se rendent alors sur place, il est le seul à être encore en vie.

– On crapahutait au milieu des rochers. Tout en marchant je me demandais où on allait, la pente était très abrupte, et on avançait avec difficulté. Ce n’était pas vraiment un chemin de promenade!

Carl Halvot Aas explique que les policiers se demandent si l’inconnue est tombée dans les flammes pour ensuite se rejeter en arrière, ce qui expliquerait pourquoi elle est restée allongée sur le dos.

– Ça n’est vraiment pas beau à voir. On se demande si quelqu’un a mis feu à cette femme, ou si d’autres explications sont plausibles, ajoute-t-il.

  • NRK a repris l’enquête en collaboration avec KRIPOS et la Police régionale de l’Ouest. Nous publions les résultats de l’enquête au fur et à mesure, sur cette page.
  • Avez-vous des informations sur l’inconnue d’Isdal ou sur l’affaire ? Contactez les journalistes de NRK: isdal@nrk.no

La scène de crime, auparavant déserte, fourmille très vite d’enquêteurs: policiers avec chiens et détecteurs de métaux, techniciens de la police scientifique armés de leurs pinces et de leurs pinceaux. Ils passent au crible l’amoncellement de pierres où git le cadavre, en position dite «d’escrimeur», les bras levés devant lui, position caractéristique chez les personnes exposées au feu.

Dans les pierres et dans les hautes herbes humides de novembre, ils rassemblent les restes carbonisés des affaires que l’inconnue avait emportées : vêtements, parapluie, un sac à main, deux bouteilles en plastique fondues, une demi-bouteille d’un alcool produit en Norvège, et une pochette en plastique presque totalement détruite qui semble provenir d’un passeport, ainsi que de nombreux autres objets.

Isdalskvinnen fotografert på åstedet kort etter at hun ble funnet
Foto: Politiet / Statsarkivet i Bergen

Qui est-elle?

Quelque chose attire immédiatement l’attention des enquêteurs: on a soigneusement coupé toutes les étiquettes des vêtements qui ont échappé au feu. Tous les indices permettant d’identifier l’origine des autres objets ont été supprimés, jusqu’au dessous des bouteilles en plastique qui a été gratté.

Toute trace susceptible de révéler l’identité de l’inconnue a été scrupuleusement effacée. Aujourd’hui encore, on ne la connaît que sous le numéro de dossier «134/70» à l’hôpital de Bergen, où a eu lieu l’autopsie. Pour le public, cette femme deviendra vite «l’inconnue d’Isdal».

On espère cependant pouvoir enfin élucider ce mystère resté entier pendant 46 ans.

NRK a en effet mis à jour de nouveaux indices, archivés depuis 1970 sans jamais avoir été examinés.

NRK, en collaboration avec la Police régionale de l’Ouest et KRIPOS, a entrepris une analyse minutieuse de ces indices. Les avancées de l’enquête sont publiées ici au fur et à mesure: www.nrk.no/dokumentar

(L’article se poursuit sous la photo)

aastedsgruppe
Foto: Politiet / Statsarkivet i Bergen

De mystère en mystère

Les troublantes découvertes faites sur le lieu du crime ne constituent que le premier acte de ce qui deviendra une des plus grandes énigmes policières de Norvège. Plus l’enquête avance, plus le mystère s’épaissit, et les spéculations s’installent là où les réponses font défaut. Il est presque insoutenable qu’une belle jeune femme, dont on ignore tout, meure dans des circonstances aussi mystérieuses.

  • S’agit-il d’une espionne, supprimée par les siens ou un ennemi inconnu?
  • Faisait-elle partie d’une organisation internationale de malfaiteurs?
  • S’était-elle rendue dans l’Isdal pour mettre fin à ses jours ? Et dans ce cas, créait-elle les énigmes de toutes pièces?

Les renforts arrivent

Dès le lendemain de la découverte du cadavre, la police de Bergen a dû se rendre à l’évidence: cette affaire n’allait pas être facile à résoudre. La veille, ils avaient refusé l’aide de la police judiciaire d’Oslo. Ils ont vite changé d’avis.

Rolf Harry, enquêteur expérimenté, dirige le groupe chargé de l’enquête à Kripos. Il prend l’avion pour Bergen en compagnie de ses collaborateurs les plus proches.

Dans la semaine qui suit la découverte du cadavre, la police entame une enquête minutieuse. Sur place, tout le monde est mobilisé dans la course à la vérité sur l’identité de l’inconnue.

– D’importants moyens sont mis en œuvre. Non seulement la police de Bergen, mais aussi KRIPOS et les polices de toute l’Europe sont impliquées dans les recherches. Malgré cela, on a du mal à obtenir des résultats tangibles. L’inconnue d’Isdal est morte sans laisser de traces permettant de l’identifier, en tout cas jusqu’à aujourd’hui, dit Sigbjørn Wathne, 79 ans, enquêteur retraité de Kripos.

Wathne est un des derniers enquêteurs de 1970 à être encore en vie. Il travaille à Kripos depuis un an lorsqu’on l’envoie à Bergen pour contribuer à cette enquête hors du commun.

– Je crois aussi, comme d’autres enquêteurs, qu’elle fuyait quelque chose, et que c’est pour cette raison qu’elle souhaitait cacher son identité. Cette affaire est un mystère total, dit-il.

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Tidligere Kripos-etterforsker Sigbjørn Wathne
Foto: Kjetil Solhøi / NRK

Une percée

La première découverte importante survient trois jours après la découverte du cadavre. La police trouve en effet deux valises consignées en gare de Bergen. Tout porte à croire qu’elles appartenaient à l’inconnue d’Isdal.

Dans une des valises on trouve une paire de lunettes de soleil, avec une empreinte digitale sur un des verres. Très vite, cette empreinte se révèle être identique aux empreintes relevées sur le cadavre.

Les enquêteurs ont trouvé les bagages de l’inconnue d’Isdal.

Tormod Bønes, un des enquêteurs de Kripos qui avaient pris part à l’enquête, se rappelle encore l’explosion de joie de ses collègues à l’annonce de la découverte des valises.

Koffertene i Isdalssaken
Foto: Politiet / Statsarkivet i Bergen

– C’était l’euphorie, et beaucoup s’imaginaient qu’on était sur le point de résoudre l’affaire, raconte-t-il.

Il s’avoue aussi être surpris de la façon dont les enquêteurs manipulent les valises.

– Ils les ouvrent et en examinent le contenu avec emballement. C’est à celui qui trouvera le premier la preuve décisive, se souvient-il dans un sourire.

Mais l’enthousiasme est de courte durée. En effet, quelqu’un s’est appliqué à faire disparaître toutes les marques de fabrique des objets contenus dans la valise.

– Tout a disparu, même les marques du peigne et de la brosse à cheveux.

Au lieu de fournir des réponses, le contenu des valises ne fait que soulever de nouvelles questions. En effet, on retrouve aussi parmi les vêtements des perruques et une paire de lunettes non correctrices. Non seulement l’inconnue a tout fait pour cacher son identité, elle avait aussi avec elle de quoi modifier son apparence.

Un pas en avant grâce à un magasin de chaussures

Cependant, malgré cette déception, les valises contiennent deux indices importants qui vont permettre à l’enquête de progresser: un bloc-notes et un sac en plastique.

Kodeblokk i Isdalssaken
Foto: Øyvind Bye Skille / NRK

Le bloc-notes a été conservé dans le magasin souterrain des Archives nationales de Bergen, glissé dans le dossier d’enquête. Il est vide, à l’exception de la première page, recouverte de lettres et de chiffres à l’encre bleue, soigneusement alignés, qui ont toutes les apparences d’un code.

Les policiers réussiront à le déchiffrer, mais cela prendra du temps.

La police obtient en revanche des résultats immédiats avec le sac en plastique. Ce sac porte en effet le nom d’un magasin de chaussures à Stavanger. La police se rend au plus vite dans cette minuscule boutique de la ville alors à l’aube de son ère pétrolière. Ils y rencontrent le fils du propriétaire, Rolf Rørtvedt.

Il se rappelle bien cette étrangère qui était venue dans sa boutique trois semaines auparavant pour acheter des bottes en caoutchouc. Après mûre réflexion, elle avait acheté un modèle alors porté par la moitié des femmes en Norvège.

Les restes d’une paire de modèle identique avaient été trouvés près du cadavre. C’est la première véritable percée dans cette enquête épineuse.

La découverte du sac et des bottes confirme que la cliente reçue par Rørtvedt à Stavanger est bien l’inconnue d’Isdal.

Rolf Rørtvedt ekspederte Isdalskvinnen i 1970
Foto: Kjetil Solhøi / NRK

Rørtvedt et ses collègues fournissent un signalement détaillé de l’inconnue : de taille moyenne, les cheveux noirs, les yeux marron foncé, le visage rond, bien en chair et de jolies jambes. Aujourd’hui encore, Rolf Rørtvedt se souvient bien d’elle.

– Elle était plutôt envahissante, posait beaucoup de questions et mettait beaucoup de temps à se décider. Elle ne parlait pas très bien anglais, et elle dégageait une odeur bizarre, raconte-t-il.

Par la suite, d’autres témoins entendus par la police confirmeront cette odeur.

Rørtvedt finit par comprendre:

– Des années plus tard, quand l’ail est devenu une denrée ordinaire en Norvège, j’ai reconnu l’odeur. Alors j’ai pensé à l’inconnu d’Isdal – mais oui, elle sentait l’ail ! ! En 1970 personne ici ne sentait l’ail, aujourd’hui tout le monde sent l’ail !

(L’article se poursuit sous la photo)

Illustrasjon av Isdalskvinnen idet hun kjøper gummistøvler i Stavanger
Foto: Gro Stefferud (illustrasjon)

«Coup de théâtre»

Ensuite, les choses se précipitent. Grâce au signalement fourni par Rørtvedt et le personnel du magasin de chaussures, la police va d’hôtel en hôtel à Stavanger et demande aux employés s’ils ont accueilli une personne qui ressemble à l’inconnue.

La police retrouve sa trace à deux pas du magasin de chaussures, à l’hôtel St. Svithun.

Le réceptionniste se souvient qu’une femme lui ressemblant – cheveux noirs, peau bronzée, large de hanches mais sans surpoids, anglais rudimentaire – était descendue à l’hôtel pour quelques jours. Elle s’était s’inscrite sous le nom de Finella Lorck, et avait déclaré venir de Belgique.

Un agent de nettoyage de l’hôtel affirme l’avoir vu chaussée de bottes en caoutchouc identiques à celles qu’avait achetées l’inconnue quelques jours auparavant. Cette fois, il n’y a plus aucun doute : l’inconnue d’Isdal doit être Finella Lorck. Elle a dû se rendre de Stavanger à Bergen, et aller à l’hôtel avant de mourir dans l’Isdal.

La presse laisse entendre une élucidation imminente de l’affaire. «Coup de théâtre aujourd’hui ?», titre le quotidien national VG en grosses lettres.

VG 3. desember 1970 - Isdalssaken
Foto: Faksimile

Une fois de plus, cependant, la mystérieuse inconnue semble avoir effacé ses traces avec soin. En effet, la police ne trouve aucune Finella Lorck dans les registres des hôtels. Ce nom semble avoir disparu entre Stavanger et Bergen.

Knut Haavik est chargé de couvrir l’affaire. Journaliste chevronné qui deviendra par la suite un rédacteur remarqué de la presse hebdomadaire, il a dans la police des informants très fiables. Grâce à eux, il finira par mettre la main sur les documents de l’enquête. Mais pour lui aussi les débuts de l’enquête ont été difficiles.

Knut Haavik var krimreporter i VG i 1970.
Foto: Kjetil Solhøi / NRK

– Dans les affaires de ce genre il est normal de demander l’aide du public. Mais là, on a étouffé l’affaire dès le début.

Ce n’est qu’au bout de plusieurs jours qu’il comprendra pourquoi.

Une découverte surprenante

Pour la police, le formulaire d’enregistrement pour étrangers constitue une source de premier ordre.

– À l’époque, en arrivant à l’hôtel, les étrangers devaient remplir et signer un formulaire avec leur nom, leur adresse, leur numéro de passeport. Ce sont des pistes concrètes.

En effet, grâce au bloc-notes et aux récépissés de l’hôtel, la police possède des échantillons de l’écriture de l’inconnue. On va pouvoir les comparer avec les formulaires d’enregistrement.

Dans les jours qui suivent, des hôtels de tout le pays, les résultats affluent…Les graphologues de Kripos analysent l’écriture d’étrangères qui ont séjourné dans des hôtels norvégiens pendant cette dernière année, et font plusieurs découvertes surprenantes.

Il s’avère que l’inconnue d’Isdal s’est déplacée de ville en ville en Norvège pendant des semaines, et qu’elle a souvent changé d’identité en changeant d’hôtel. À ce stade de l’enquête, la police suppose qu’elle a dû utiliser au moins sept passeports différents.

Finella Lorck n’est q’une fausse identité parmi d’autres , que voici :

  • Claudia Tielt
  • Vera Jarle
  • Alexia Zarna-Merchez
  • Claudia Nielsen
  • Genevieve Lancier
  • Elisabeth Leenhouwfr

L’enquête montrera aussi qu’elle est descendue dans des hôtels parisiens sous le nom de Vera Schlosseneck.

La police retrouve des traces de son passage à Oslo, Bergen, Stavanger et Trondheim. Pour chaque nouvelle identité ou presque, elle se déclare de nationalité belge.

La police belge vérifie les renseignements fournis par l’inconnue et conclut que toutes ces identités sont fausses.

Une femme sûre d’elle et distante

Alfhild Ragnes traff Isdalskvinnen i 1970
Foto: Arne Stubhaug / NRK

Pour des raisons évidentes, les témoins les plus fiables sont les employés des hôtels où l’inconnue d’Isdal a séjourné.

Alvhild Rangnes, alors âgée de 21 ans, est en charge de la salle à manger de l’hôtel Neptune à cette époque. L’étrangère distinguée fait très forte impression sur la jeune femme.

– À cette époque on repérait facilement les femmes seules dans la salle à manger. Elle, elle était entrée la tête droite, et s’était confortablement installée à une table. On voyait bien qu’elle avait l’habitude de voyager seule. Je me rappelle avoir dit à voix basse à ma collègue que j’aimerais bien lui ressembler quand je serais adulte, raconte-t-elle.

Alvhild Rangnes n’oubliera jamais l’inconnue d’Isdal.

– Elle m’avait fortement impressionnée. Elle avait l’air sûre d’elle, distante. En même temps elle n’hésitait pas à mettre un pantalon de jogging pour faire une randonnée dans la vallée, dit-elle.

Le contre-espionnage à la rescousse

La police un cadavre non identifié sur les bras et un décès aux circonstances mystérieuses. On sait que l’inconnue a eu recours à de multiples fausses identités, qu’elle a utilisé des lunettes sans correction et des perruques, et qu’elle a effacé ses traces comme une professionnelle.

Une bonne semaine après la découverte du corps, la police de Bergen prend une décision qu’elle niera avoir prise pendant plusieurs dizaines d’années: elle fait appel aux services de contre-espionnage.

En effet, depuis plusieurs jours, les spéculations vont bon train : l’inconnue d’Isdal était-elle un agent secret?

– C’est ce qui explique pourquoi la police a attendu si longtemps avant de rendre l’affaire publique, explique Knut Haavik.

Aujourd’hui encore, il est persuadé que d’une façon ou d’une autre, l’inconnue d’Isdal était un agent étranger.

– Elle voyageait en Norvège sous huit identités différentes, il a bien fallu qu’elle ait huit passeports. Elle avait de plus voyagé dans toute l’Europe. Ce n’est pas gratuit. Où avait-elle trouvé l’argent si personne ne le lui fournissait?

Et av fremmedkortene som ble fylt ut av Isdalskvinnen
Foto: Politiet

On déchiffre enfin le code

Au moment où la théorie de l’espionnage est lancée à Oslo, la police de Bergen parvient enfin à déchiffrer le code du bloc-notes retrouvé dans la valise de l’inconnue : chiffres et lettres dressent la liste des voyages effectués par l’inconnue dans toute l’Europe.

– C’est une liste de ses déplacements, entre autres de ses étapes en Norvège au cours du printemps et de l’automne 1970. C’est un coup de pouce pour l’enquête, nous dit Sigbjørn Wathne.

Grâce aux registres des hôtels, qui indiquent les dates de ses séjours à Oslo, Bergen, Stavanger et Trondheim, il est facile de comprendre le code: «N 9 N 18 S» signifie par exemple qu’elle a séjourné à Stavanger du 9 au 18 novembre.

C’est ainsi que la police comprend que son dernier voyage l’a menée de Paris à Stavanger, puis à Bergen et à Trondheim, avant qu’elle retourne à Stavanger, et enfin à Bergen.

C’est là que s’achève son périple, dans une pente rocheuse déserte de l’Isdal.

Des couronnes dentaires d’une type particulier

Le déchiffrage du code constitue une avancée importante, la dernière malheureusement. En effet, toutes les requêtes que la police adresse à Interpol et aux polices d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, recevront la même réponse:

Les noms et numéros de passeports ne sont enregistrés nulle part, et aucune personne correspondant au signalement de l’inconnue n’a été portée disparue.

La police espère maintenant qu’une analyse de la dentition de l’inconnue va donner des résultats.

Røntgen-bilder i Isdalssaken
Foto: Politiet

Elle présente en effet dix couronnes en or, et la plupart sont des couronnes dites préformées, prêtes à être posées.

Gisle Bang est professeur en odontologie. Chargé d’examiner les dents de l’inconnue, il est formel: on n’utilise pas ce type de couronne en Scandinavie. «Ce sont des couronnes d’un genre et d’une fabrication très particuliers. On les utilise entres autres en Orient, en Europe méridionale et de l’Ouest et en Europe centrale», indique-t-il dans son rapport.

Il n’est malheureusement pas possible d’obtenir une localisation plus précise, et ici aussi, ce sera l’impasse.

Le professeur Gisle Bang a consacré plusieurs années à cette piste. Il a fait analyser les dents de l’inconnue par des experts du monde entier, et plusieurs magazines d’odontologie ont mentionné l’affaire. Malheureusement, il mourra en 2011 avant d’avoir obtenu des résultats concrets.

On établit la cause du décès

Noël approche, et l’enquête est en perte de vitesse.

L’autopsie montre que l’inconnue d’Isdal, avant de mourir, a ingéré d’importantes doses de barbituriques en plusieurs prises. Plusieurs cachets n’étaient pas encore dissous, et ne peuvent donc avoir entraîné la mort. En revanche, l’inconnue peut avoir tenté de mettre fin à ses jours. Comment expliquer, en effet, que de telles quantités de somnifère aient pu être ingérées de force?

Les médecins légistes concluent à un «décès dû à l’ingestion de barbituriques et à une intoxication au monoxyde de carbone. Les lésions causées par le feu ont pu contribuer au décès.»

Tormod Bønes, chimiste à Kripos, assiste à l’autopsie et rédige le rapport sur la scène de crime. Il parviendra aussi à prélever une minuscule quantité d’essence dans la terre, sous le corps de l’inconnue, ce qui permettra de déterminer la cause du feu.

– Il est très difficile, aujourd’hui comme hier, de dire avec exactitude ce qui s’est produit et comment le feu s’est déclaré et propagé. En gros je m’en tiens aux conclusions du rapport de 1970. Mais le doute persiste, et il est tout à fait impossible de dire s’il s’agissait d’un meurtre ou d’un accident.

Tidligere Kripos-kjemiker Tormod Bønes studerer saken om Isdalskvinnen
Foto: Karl Lilliendahl / NRK

– Suicide par le feu

Nous sommes à Bergen, juste avant Noël, dans un bureau enfumé des locaux de la police. Le chef de la police judiciaire fait le point sur l’enquête au cours d’une dernière conférence de presse. Il insiste bien sur le fait que l’affaire n’est pas résolue tant qu’on n’a pas identifié l’inconnue.

Quelques jours plus tard, Asbjørn Bryhn, chef de la police de Bergen, conclura sans hésiter au suicide. D’après lui l’inconnue d’Isdal souffrait d’une manie, peut-être la manie de la persécution.

Après Noël, presque plus personne ne travaille encore sur l’affaire.

Isdalskvinnen - tomt åsted med gjenstander
Foto: Politiet

Toutes ces questions cruciales resteront donc sans réponse, et elles le sont encore 48 ans après:

  • Qui était cette femme mystérieuse?
  • Que faisait-elle en Norvège?
  • Pourquoi est-elle morte dans un endroit aussi difficile d’accès que l’Isdal?

Parmi les policiers qui ont travaillé sur l’affaire, plusieurs en resteront marqués à vie. Pour eux, c’est un échec professionnel que de ne pas avoir réussi à identifier l’inconnue d’Isdal. Certains, dont Knut Haavik, ne seront jamais convaincus par la théorie du suicide.

– Je suis absolument certain qu’il s’agit d’un meurtre. Elle avait plusieurs identités, se servait de codes et de perruques, allait de ville en ville et changeait plusieurs fois d’hôtel en quelques jours. C’est ce que la police appelle un «comportement conspirateur».

Enterrement catholique

Nous sommes le 5 février 1971 et on a presque laissé tomber l’affaire. Le moment est venu d’enterrer l’inconnue d’Isdal.

Isdalskvinnen begraves i Bergen 5. februar 1971.
Foto: Politiet / Statsarkivet i Bergen

Dans la chapelle d’un cimetière de Bergen s’élève le psaume «Conduis-moi, douce lumière», accompagné à l’orgue et au violon. Sur les bancs se sont assemblés 16 hommes et femmes, tous employés de la police de Bergen. Personne parmi eux ne sait qui est la femme reposant dans ce cercueil d’un blanc immaculé.

Décoré de tulipes et d’œillets, on le mettra bientôt en terre à côté de la chapelle. Pas de pierre tombale. Pour y écrire quoi?

Six personnes se lèvent, soulèvent le cercueil et l’emportent dans la pluie glaciale de cette matinée de février 1970.

Le prêtre catholique Franz Josef Fischedick procède au rituel de l’inhumation. Il évoque la femme inconnue du psaume de David: celle que l’on enterre aujourd’hui est aussi une inconnue, ce qui explique l’absence de proches.

– ll est aussi probable, s’avance-t-il, que la terre où on l’ensevelit soit inconnue pour elle.

La police a pris des mesures au cas où des proches se manifesteraient. L’inconnue a été enterrée dans un cercueil hermétique, qui ne se décompose pas. Cela permettra, le cas échéant, de la transporter dans son pays d’origine.

Le photographe de la police prend des photos. Un autre policier rédigera un rapport. On range les photos et le rapport dans un dossier au siège de la police. Plusieurs de ces documents ne seront publiés pour la première fois qu’aujourd’hui.

Begravelsen av Isdalskvinnen i februar 1971.
Foto: Politiet / Statsarkivet i Bergen

46 années se sont écoulées, et aucun proche ne s’est manifesté. Le mystère reste tout aussi entier qu’en 1970.

Avez-vous des informations sur l’inconnue d’Isdal ou sur l’affaire ? Contactez les journalistes de NRK: isdal@nrk.no

Isdal Woman – the story
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